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L'art de Christian Jaccard se caractérise par la combinaison de deux facteurs antinomiques dont les forces et les conséquences de leurs dynamiques compulsives président à l'invention d'une réalité singulière.
Du noyau générateur d'énergie aux noeuds et entrelacs de l'origine du temps, il développe la filiation de ces processus respectifs et confronte la transformation de leur matérialité entropique, celle-ci trouvant ses fondations dans les symptômes, rêves et obsessions qu'il perçoit dans son environnement quotidien et auprès des différentes espèces du vivant.
Au cours de la dernière décennie, il développe cette expérience des brûlis multipliant les traces de leur mémoire. Il interroge l'usure du temps qui ne cesse de dégrader l'événement de sa durée par délitements successifs. Les brûlis principes actifs et les entrelacs événements agissants, tissent leurs trames spécifiques dont les énigmes respectives se répondent en écho.
Le feu est une force universelle qui brille, étincelle, illumine, flamboie, embrase, brûle, consume, calcine, grille, incinère, incendie, carboniseÉC'est un outil absolu dont l'éclat des flammes s'évanouit comme le temps fuit irréparable ; un outil universel dont la fonction est de sublimer son corps et ceux du monde végétal, animal, minéral et sidéral. Sa matière résiduelle se charge d'une succession d'états et de choses en devenirs relayés par les caractéristiques de son histoire emblématique.
Mettre en oeuvre sa flamboyance impose une lecture singulière. Avec le feu, on a affaire à une matière instable, imprévisible. L'incandescence est une force en mouvement dont les aléas dérivent. On donne au hasard comme à l'irrationnel les chances de s'exprimer. Ce qui interpelle Christian Jaccard c'est la matière d'une action et son objet de pensée, la forme visuelle, éblouissante, vacillante, réduite en poussière, dont les vestiges apparaissent comme amas de scories, suites d'arabesque et d'images improvisées.
Noire l'ignition des brûlis fragmente et s'étale sur le medium découpé en forme de Tondo...
Parallèlement à l'exposition on verra ailleurs :
*Penser l'arbre, tableau éphémère, Parc de Maison Blanche,13009 Marseille, 19 >27 mai 2011
*Minuit, Minuit « écart » : combustion au gel thermique présenté dans le nouvel accrochage des collections permanentes au MNAM Centre Georges Pompidou.
*Ombres de brûlis : tableau éphémère réalisé à l'occasion du 5ème anniversaire de l'ouverture du MAC/VAL à Vitry-sur-Seine.
*Énergies dissipées : exposition d'oeuvres inédites et tableau éphémère au Domaine de Kerguéhennec (chapelle et château) à Bignan,
26 juin>25 septembre 2011.
Bibliographie :
Gilbert Lascault : L'événement et sa trace, éd. A. Biro, Paris 2003
Christian Jaccard : Conversations, éd. de l'ENSBA, Paris 2010 |